La coalition 4F : l’émergence d’un lobbying ferroviaire

4F, « Fret Ferroviaire Français du Futur » est une alliance qui réunit depuis mars 2020 la plupart des acteurs de la filière en France : les principales entreprises ferroviaires de transport de marchandises, les principaux opérateurs de transport combiné multimodal, des entreprises de travaux ferroviaires et des chargeurs.

La part de marché du transport terrestre des marchandises en France est de 10% pour l’ensemble des entreprises ferroviaires contre 14% en Italie, 18% en Allemagne, 32% en Autriche et 35% en Suisse. Rassemblés depuis 2019 au sein de la coalition Rail Freight Forward (qui peut se traduire approximativement par « En avant le fret ferroviaire »), les leaders du fret ferroviaire européen ont la conviction que l’ont peut acheminer par fer 30% du total des marchandises transportées en Europe d’ici 2030. Leur slogan est évocateur : conduire un train en Europe doit devenir aussi facile que d’y conduire un camion.

L’ambition de la coalition 4F est de doubler la part du transport ferroviaire des marchandises en France d’ici 2030. Cela nous éviterait d’être irrémédiablement distancés par les pays européens. Le principal argument avancé n’est pas nouveau : le transport ferroviaire s’inscrit parfaitement dans la démarche issue des accords de Paris (COP 21) et de ses objectifs climatiques. Par ailleurs, la filière vient de démontrer sa robustesse et son efficacité pour fournir des services de transports essentiels au fonctionnement national et à la vie quotidienne des français pendant la crise sanitaire.

Mais pour permettre au fret ferroviaire de confirmer ce rôle essentiel, il faut prendre des mesures alternatives à l’écotaxe valorisant l’apport écologique du rail auprès des marchés et des logisticiens. Au niveau des pouvoirs publics, l’appui demandé par la 4F combine plusieurs mesures :
• l’augmentation et la pérennisation de l’aide au transport combiné dans lequel se trouve le plus important potentiel de développement du fret ferroviaire en France (le rail-route représente aujourd’hui 25% du fret ferroviaire),
• la création d’une aide au wagon isolé,
• l’augmentation de la prise en charge d’une partie du péage d’utilisation du réseau ferroviaire,
• un plan de modernisation des infrastructures nationales et de rénovation/sauvegarde des lignes capillaires et des installations embranchées desservant des industries,
• un soutien aux projets de décarbonation et la labellisation des transports verts.

4F a mis en place 3 groupes de travail chargés d’élaborer un plan de relance global du fret ferroviaire à moyen et long terme qui sera présenté à l’Etat fin juin. L’ambition de doubler la part du ferroviaire dans le transport des marchandises d’ici 2030 nécessite une mobilisation sur trois niveaux :
➢ les opérateurs de fret qui doivent prendre le risque entrepreneurial de reconquête du marché français,
➢ le gestionnaire du réseau, SNCF Réseau, qui donne priorité à la qualité du service et qui dispose des moyens d’investir dans la rénovation du réseau,
➢ l’Etat qui doit accompagner la décarbonation du secteur des transports en appuyant la compétitivité de la composante ferroviaire.

En écho à la Conférence Citoyenne sur le climat, un plan de relance du fret ferroviaire, porté par l’Etat, l’Europe et relayé par les Régions, serait un signal politique fort qu’attendent les marchés et les territoires. La coalition 4F prévient que « si la France n’est pas capable de suivre cette ambition, les conséquences seront irréversibles ».

Les instances communautaires montrent la voie. Le Parlement Européen demande en effet par la voix de la Présidente de la Commission des Transports « A quand un plan Marshall de la Commission pour passer de l’acheminement des marchandises de la route au rail ? ».

(Les informations contenues dans ce texte sont issues des publications suivantes : la lettre ferroviaire n°242 du 02/06/2020, Actu Transports Logistique du 09/06/2020, communiqué de l’Association Française du Rail du 08/06/2020 et Ville, Rail & Transports du 12/06/2020).